Chaque Français consomme annuellement en moyenne 2,6 kg de saumon frais ou fumé. Ce chiffre est en constante augmentation. Pourtant de récentes études[1] attestent que le poisson préféré des Français est loin d’être healthy ! Le saumon bio serait même davantage contaminé que le saumon conventionnel. Des révélations pour le moins « saugrenues », mais malheureusement dûment avérées. Un véritable pavé dans la mare ! Décryptage.

[1] 60 millions de consommateurs, n° 521, déc 2016

Le saumon super star

Plébiscité par les Français, le saumon trône à la 1ère place du palmarès du « poisson favori ». La France est le 1er pays européen consommateur de saumon fumé. Autrefois réservé aux tables de Noël et de la Saint-Sylvestre, le saumon fumé est désormais servi tout au long de l’année. L’incroyable engouement pour les sushis et autres sashimis n’a fait qu’amplifier cette évolution. En 2 décennies les ventes de saumon fumé ont été multipliées par 3 et sont désormais beaucoup moins concentrées dans le temps.

Sushi au saumon fumé

Les fermes d’élevage dominent le marché

Dans les assiettes de l’Hexagone, 95 % des saumons viennent de l’élevage, qui n’a pas toujours eu une bonne réputation. Des pratiques douteuses ont été dénoncées par les médias (images montrant des employés de ferme déverser des litres d’antiparasitaires dans les cages à poissons pour éradiquer les poux de mer) et ont marqué les esprits. Sans pour autant modifier les habitudes alimentaires… Complexité de l’esprit humain. Une bonne nouvelle cependant est à souligner : les analyses réalisées sur des échantillons de saumon de toutes provenances géographiques et de toutes les filières existantes confirment que les normes sanitaires sont respectées. Ouf ! Cependant, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, au pays du saumon, le rose n’est pas forcément de mise.

Dans la jungle des labels

Il existe de nombreuses appellations, officielles ou non : saumon sauvage, conventionnel, d’élevage bio (label officiel « AB » mais d’autres garanties privées ont émergé), label rouge, saumon de France, commerce équitable… Il n’est pas toujours aisé pour les ménages de s’y retrouver dans les subtilités du marketing. La consommation de saumon bio enregistre une progression constante en dépit des prix pratiqués, 2 à 3 fois plus élevés que le saumon standard. Les éleveurs ne parviennent plus à répondre à cette demande croissante motivée par la confiance des acheteurs, convaincus d’acquérir un produit de qualité. Et pourtant…

La vie pas si rose du saumon bio

Le saumon bio ne serait-il pas si bio ? Les saumons estampillés bio affichent un taux de contamination, notamment en métaux lourds –mercure, arsenic-, plus élevé que celui des saumons traditionnels. Des traces de pesticides ont également été retrouvées uniquement dans les saumons issus de la filière bio. Cette pollution qui semble au commun des mortels hallucinante est en fait due à l’alimentation des saumons. Ces poissons d’élevage sont nourris avec des farines et des huiles de poisson qui proviennent de la filière durable et non de l’agriculture biologique… Farines et huiles sont fabriquées à partir de poissons sauvages eux-mêmes contaminés, soit par des sources naturelles (l’arsenic provient de la croûte terrestre, le volcanisme…) ou par la pollution d’origine humaine. Dans l’alimentation animale, seuls les végétaux doivent être certifiés biologiques. Par ailleurs, beaucoup de fermes bio, notamment en Irlande, se situent dans l’océan. Il est de fait impossible de maîtriser cet environnement liquide.

Certaines des substances retrouvées dans la chair des poissons sont interdites en Europe depuis vingt ans. Persistants pendant plusieurs décennies dans l’environnement, des dizaines d’années seront encore nécessaires afin d’éradiquer les produits toxiques dans la chaîne alimentaire.

En résumé, l’activité humaine pollue les mers, les petits poissons sont contaminés par des substances indésirables et nocives. Ces poissons entrent dans la composition des aliments des saumons d’élevage bio qui sont à leur tour contaminés par le biais de leur alimentation. CQFD !

Saumon
Crédit photo : ©Wow Pho / pixabay

Vaccins et traitements médicamenteux

Pour éviter les pertes, les saumons bio, âgés de quelques mois sont vaccinés, et peuvent aussi recevoir des traitements antiparasitaires et jusqu’à 2 traitements médicamenteux (antibiotiques admis) au cours de leur existence. Pour la filière conventionnelle, pas de restrictions, pas de limites, tout est possible ou presque…

Attention à l’effet cocktail !

Les contaminants retrouvés dans les chairs des saumons sont loin d’être inoffensifs et sont classés cancérigènes, perturbateurs endocriniens… Certes les quantités observées sont en deçà des seuils autorisés mais ce que dénoncent de nombreux toxicologues est le fameux effet cocktail. Ces produits toxiques s’accumulent dans notre corps (ce que nous mangeons, ce que nous respirons, ce que nous appliquons sur notre peau…), interagissent et à terme produisent un cocktail détonnant ! Une véritable bombe à retardement selon certains scientifiques.

Surpêche VS élevage

Depuis la fin du XXe siècle de nombreux experts alertent les pouvoirs publics et les consommateurs sur l’épuisement des ressources naturelles marines, dû à la surpêche, aux développements des pratiques illégales dans diverses régions du monde. La pêche durable semble être un vœu pieux. Les fermes d’élevage constituent à ce titre une solution intéressante mais ne sont pas encore la panacée. Cependant des avancées notables méritent d’être énoncées. Des industriels commencent à modifier leurs pratiques. Certains utilisent désormais des poissons nettoyeurs pour décimer les poux de mer, ou modifient la composition des croquettes ingérées par les saumons en diminuant la part de produits d’origine animale (non bio) en faveur des denrées végétales (bio)…

Quelle attitude adopter ?

Face aux incertitudes sur les risques toxicologiques, quel comportement responsable peut-on prôner ?

La consommation de poisson est essentielle pour notre métabolisme, il faut cependant limiter les poissons gras et ne pas dépasser une fois par semaine. Acheter les produits les plus onéreux n’est pas forcément un gage de qualité. Un saumon sans substance toxique reste donc aujourd’hui encore un graal, mais un graal dont la conquête semble désormais amorcée.

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